viernes, 6 de enero de 2012
3 vídeos de Octavio Paz (biografía, entrevista)
OJO PARA EL PÚBLICO QUE VEA ESTOS VÍDEOS PUEDEN PRESENTAR PROBLEMA CON EL AUDIO. PARA ESO REGULEN SU CONTROL DEL 'BALANCE' DONDE DICE 'ONDA' HACIA UNO DE LOS LADOS.
sábado, 11 de septiembre de 2010
Érostrate Jean Paul Sartre

ÉROSTRATE
Les hommes, il faut les voir d'en haut. J'éteignais la lumière et je me mettais à la fenêtre : ils ne soupçonnaient même pas qu'on pût les observer d'en dessus. Ils soignent la façade, quelquefois les derrières, mais tous leurs effets sont calculés pour des spectateurs d'un mètre soixante-dix. Qui donc a jamais réfléchi à. la forme d'un chapeau melon vu d'un sixième étage? Ils négligent de défendre leurs épaules et leurs crânes par des couleurs vives et des étoffes voyantes, ils ne savent pas combattre ce grand ennemi de l'Humain : la perspective plongeante. Je me penchais et je me mettais à rire : où donc était-elle, cette fameuse « station debout » dont ils étaient si fiers : ils s'écrasaient contre le trottoir et deux longues jambes a demi rampantes sortaient de dessous leurs épaules.
Au balcon d'un sixième : c'est là que j'aurais dû passer toute ma vie. Il faut étayer les supériorités morales par des symboles matériels, sans quoi elles retombent. Or, précisément, quelle est ma supériorité sur les hommes? Une supériorité de position, rien d'autre : je me suis placé au-dessus de l'humain qui est en moi et je le contemple. Voilà pourquoi j'aimais les tours de Notre-Dame, les plates-formes de la tour Eiffel, le Sacré-Cœur, mon sixième de la rue Delambre. Ce sont d'excellents symboles.
Il fallait quelquefois redescendre dans les rues. Pour aller au bureau, par exemple. J'étouffais. Quand on est de plain-pied avec les hommes, il est beaucoup plus difficile de les considérer comme des fourmis : ils touchent. Une fois, j'ai vu un type mort dans la rue. Il était tombé sur le nez. On l'a retourné, il saignait. J'ai vu ses yeux ouverts, et son air louche, et tout ce sang. Je me disais : « Ce n'est rien, ça n'est pas plus émouvant que de la peinture fraîche. On lui a badigeonné le nez en rouge, voilà tout. » Mais j'ai senti une sale douceur qui me prenait aux jambes et à la nuque, je me suis évanoui. Ils m'ont emmené dans une pharmacie, m'ont donné des claques sur les épaules et fait boire de l'alcool. Je les aurais tués.
Je savais qu'ils étaient mes ennemis, maie eux ne le savaient pas. Ils s'aimaient entre eux, ils se serraient les coudes; et moi, ils m'auraient bien donné un coup de main par-ci, par-là, parce qu'ils me croyaient leur semblable. Mais s'ils avaient pu deviner la plus infime partie de la vérité, ils m’auraient battu. D'ailleurs, ils l'ont fait plus tard. Quand ils m'eurent prie et qu'ils ont su qui j'étais, ils m'ont passé à tabac, ils m'ont tapé dessus pendant deux heures, au commissariat, ils m'ont donné des gifles et des coups de poing, ils m'ont tordu les bras, ils m'ont arraché mon pantalon et puis, pour finir, ils ont jeté mon lorgnon par terre et pendant que je le cherchais, à quatre pattes, ils m'envoyaient en riant des coups de pied dans le derrière. J'ai toujours prévu qu'ils finiraient par me battre : je ne suis pas fort et je ne peux pas me défendre. Il y en a qui me guettaient depuis longtemps : les grands. Ils me bousculaient dans la rue, pour rire, pour voir ce que je ferais. Je ne disais rien. Je faisais semblant de n'avoir pas compris. Et pourtant, ils m'ont eu. J'avais peur d'eux : c'était un pressentiment. Mais vous pensez bien que j'avais des raisons plus sérieuses pour les haïr.
De ce point de vue, tout est allé beaucoup mieux à dater du jour où je me suis acheté un revolver. On se sent fort quand on porte assidûment sur soi une de ces choses qui peuvent exploser et faire du bruit. Je le prenais le dimanche, je le mettais tout simplement dans la poche de mon pantalon et puis j'allais me promener- en général sur les boulevards. Je le sentais qui tirait sur mon pantalon comme un crabe, je le sentais contra ma cuisse, tout froid. Mais peu à peu, il se réchauffait au contact de mon corps. Je marchais avec une certaine raideur, j'avais l'allure du type qui est en train de bander et que sa verge freine à chaque pas. Je glissais ma main dans ma poche et je tâtais l'objet. De temps en temps, j'entrais dans un urinoir - même là-dedans je faisais bien attention parce qu'on a souvent des voisins -, je sortais mon revolver, je le soupesais, je regardais sa crosse aux quadrillages noirs et sa gâchette noire qui ressemble à une paupière demi-close. Les autres, ceux qui voyaient, du dehors, mes pieds écartés et le bas de mon pantalon, croyaient que je pissais. Mais je ne pisse jamais dans les urinoirs.
Un soir, l'idée m'est venue de tirer sur des hommes. C'était un samedi soir, j'étais sorti pour chercher Léa, une blonde qui fait le quart devant un hôtel de la rue du Montparnasse. Je n'ai jamais eu de commerce intime avec une femme : je me serais senti volé. On leur monte dessus, c'est entendu, mais elles vous dévorent le bas-ventre avec leur grande bouche poilue et, à ce que j'ai entendu dire, ce sont elles - et de loin - qui gagnent à cet échange. Moi je ne demande rien à personne, mais je ne veux rien donner non plus. Ou alors il m'aurait fallu une femme froide et pieuse qui me subisse avec dégout. Le premier samedi de chaque mois, je montais avec Léa dans une chambre de l'hôtel Duquesne. Elle se déshabillait, et je la regardais sans la toucher. Quelquefois, ça partait tout seul dans mon pantalon ; d'autres fois, j'avais le temps de rentrer chez moi pour me finir. Ce soir-là, je ne la trouvai pas a son poste. J'attendis un moment et comme je ne la voyais pas venir, je supposai qu'elle était grippée. C'était au début de janvier et il faisait très froid. J'étais désolé : je suis un imaginatif et je m'étais vivement représenté le plaisir que je comptais tirer de cette soirée. Il y avait bien, dans la rue d'Odessa, une brune que j'avais souvent remarquée, un peu mûre mais ferme et potelée : je ne déteste pas les femmes mûres : quand elles sont dévêtues, elles ont l'air plus nues que les autres. Mais elle n'était pas au courant de mes convenances, et ça m'intimidait un peu de lui exposer ça de but en blanc. Et puis je me défie des nouvelles connaissances : ces femmes-là peuvent très bien cacher un voyou derrière une porte, et, après ça, le type s'amène tout d'un coup et vous prend votre argent. Bien heureux s'il ne vous donne pas des coups de poing. Pourtant, ce soir-là, j'avais je ne sais quelle hardiesse, je décidai de passer chez moi pour prendre mon revolver et de tenter l'aventure.
Quand j'abordai la femme, un quart d'heure plus tard, mon arme était dans ma poche, et je ne craignais plus rien. A la regarder de près, elle avait plutôt l'air misérable. Elle ressemblait à ma voisine d'en face, la femme de l'adjudant, et j'en fus très satisfait parce qu'il y avait longtemps que j'avais envie de la voir à poil, celle-là. Elle s'habillait la fenêtre ouverte, quand l'adjudant était parti, et j'étais resté souvent derrière mon rideau pour la surprendre. Mais elle faisait sa toilette au fond de la pièce.
A l’hôtel Stella, il ne restait qu'une chambre libre, au quatrième. Nous montâmes. La femme était assez lourde et s'arrêtait a chaque marche, pour souffler. J'étais très a l'aise : j'ai un corps sec, malgré mon ventre et il faudrait plus de quatre étages pour me faire perdre haleine. Sur le palier du quatrième, elle s'arrêta et mit sa main droite sur son cœur en respirant très fort. De la main gauche elle tenait la clef de la chambre.
- C'est haut, dit-elle en essayant de me sourire.
Je lui pris la clef sans répondre et j'ouvris la porte. Je tenais mon revolver de la main gauche, braqué droit devant moi à travers la poche et je ne le lâchai qu'après avoir tourné le commutateur. La chambre était vide. Sur le lavabo, ils avaient mis un petit carré de savon vert, pour la passe. Je souris : avec moi ni les bidets ni les petits carrés de savon n'ont fort à faire. La femme soufflait toujours, derrière moi, et ça m'excitait. Je me retournai ; elle me tendit ses lèvres. Je la repoussai.
- Déshabille-toi, lui dis-je.
Il y avait un fauteuil en tapisserie ; je m'assis confortablement. C'est dans ces cas-là que je regrette de ne pas fumer. La femme ôta sa robe puis s'arrêta en me jetant un regard méfiant.
- Comment t'appelles-tu? lui dis-je en me renversant en arrière.
- Renée.
- Eh bien, Renée, presse-toi, j'attends.
- Tu ne te déshabilles pas?
- Va, va, lui dis-je, ne t'occupe pas de moi.
Ella fit tomber son pantalon à ses pieds puis le ramassa et le posa soigneusement sur sa robe avec son soutien-gorge.
- Tu es donc un petit vicieux, mon chéri, un petit paresseux? me demanda-t-elle; tu veux que ce soit ta petite femme qui fasse tout le travail?
En même temps elle fit un pas vers moi et, s'appuyant avec les mains sur les accoudoirs de mon fauteuil, elle essaya lourdement de s'agenouiller entre mes jambes. Mais je la relevai avec rudesse :
- Pas de ça, pas de ça, lui dis-je.
Elle me regarda avec surprise.
- Mais qu'est-ce que tu veux que je te fasse?
- Rien. Marche, promène-toi, je ne t'en demande pas plus.
Elle se mit à marcher de long en large, d'un air gauche. Rien n'embête plus les femmes que de marcher quand elles sont nues. Elles n'ont pas l'habitude de poser les talons à plat. La putain voûtait le dos et laissait pendre ses bras. Pour moi, j'étais aux anges: j'étais là, tranquillement assis dans un fauteuil, vêtu jusqu'au cou, j'avais gardé jusqu'à mes gants, et cette dame mûre s'était mise toute nue sur mon ordre et virevoltait autour de moi.
Ella tourna la tête vers moi et, pour sauver les apparences, me sourit coquettement :
- Tu me trouves belle? Tu te rinces l'œil?
- T'occupe pas de ça?
- Dis donc, me demanda-t-elle avec une indignation subite, t'as l'intention de me faire marcher longtemps comme ça?
-Assieds-toi.
Elle s'assit sur le lit, et nous nous regardâmes en silence. Elle avait la chair de poule. On entendait le tic-tac d'un réveil, de l'autre coté du mur. Tout à coup je lui dis :
- Écarte les jambes.
Elle hésita un quart de seconde, puis elle obéit. Je regardai entre ses jambes et je reniflai. Puis je me mis à rire si fort que les larmes me vinrent aux yeux.
Je lui dis simplement :
- Tu te rends compte?
Et je repartis à rire.
Elle me regarda avec stupeur', puis rougit violemment et referma les jambes.
- Salaud, dit-elle entre ses dents.
Mais je ris de plus belle, alors elle se leva d'un bond et prit son soutien-gorge sur la chaise.
- Hé là, lui dis-je, ça n'est pas fini. Je te donnerai cinquante francs tout à l'heure, mais j'en veux pour mon argent. .
Elle prit nerveusement son pantalon.
- J'en ai marra, tu comprends. Je ne sais pas ce que tu veux. Et si tu m'as fait monter pour te fiche de moi...
Alors j'ai sorti mon revolver et je le lui ai montré. Elle m'a regardé d'un air sérieux et elle a laissé tomber son pantalon sans rien dire.
- Marche, lui dis-je, promène-toi.
Elle s'est promenée encore cinq minutes. Puis je lui ai donné ma canne et je lui ai fait faire l'exercice. Quand j'ai senti que mon caleçon était mouillé, je me suis levé et je lui ai tendu un billet de cinquante franca. Elle l'a pris.
- Au revoir, ajoutai-je, je ne t'aurai pas beaucoup fatiguée pour le prix.
Je suis parti, je l'ai laissée toute nue au milieu de la chambre, son soutien-gorge dans une main, le billet de cinquante francs dans l'autre. Je ne regrettais pas mon argent : je l'avais ahurie et ça ne s'étonne pas facilement, une putain. J'ai pensé en descendant l'escalier : «Voilà ce que je voudrais, les étonner tous.» J'étais joyeux comme un enfant. J'avais emporté le savon vert et, rentré chez moi, je le frottai longtemps sous l'eau chaude jusqu'a ce qu'il ne fût plus qu'une mince pellicule entre mes doigts et qu'il ressemblât a un bonbon a la menthe sucé très longtemps.
Mais, la nuit, je me réveillai en sursaut et je revis son visage, les yeux qu'elle faisait quand je lui ai montré mon feu, et son ventre gras qui sautait à chacun de ses pas.
Que j'ai été bête, me dis-je. Et je sentis un remords amer : j'aurais dû tirer pendant que j'y étais, crever ce ventre comme une écumoire. Cette nuit-là et les trois nuits suivantes, je rêvai de six petits trous rouges groupés en cercle autour du nombril.
Par la suite je ne sortis plus sans mon revolver. Je regardais le dos des gens et j'imaginais, d'après leur démarche, la façon dont ils tomberaient si je leur tirais dessus. Le dimanche, je pris l'habitude d'aller me poster devant le Chatelet, à la sortie des concerts classiques. Vers six heures, j'entendais une sonnerie, et les ouvreuses venaient assujettir les portes vitrées avec des crochets. C'était le commencement : la foule sortait lentement; les gens marchaient d'un pas flottant, les yeux encore pleins de rêve, le cœur encore plein de jolis sentiments. Il y en avait beaucoup qui regardaient autour d'eux d'un air étonné : la rue devait leur paraître toute bleue. Alors, ils souriaient. avec mystère : ils passaient d'un monde a autre.
C'est dans l'autre que je les attendais, moi. J'avais glissé ma main droite dans ma poche et je serrais de toutes mes forces la crosse de mon arme. Au bout d'un moment, je me voyais en train de leur tirer dessus. Je les dégringolais comme des pipes, ils tombaient les uns sur les autres, et les survivants, pris de panique, refluaient dans le théâtre en brisant les vitres des portes. C'était un jeu très énervant : mes mains tremblaient, à la fin, et j'étais obligé d'aller boire un cognac chez Dreher pour me remettre.
Les femmes je ne les aurais pas tuées. Je leur aurais tiré dans les reins. Ou alors dans les mollets, pour les faire danser.
Je n'avais rien décidé encore. Mais je pris le parti de tout faire comme si ma décision était arrêtée. J'ai commencé par régler des détails accessoires. J'ai été m'exercer dans un stand, a la foire de Denfert-Rochareau. Mes cartons n'étaient pas fameux mais les hommes offrent des cibles larges, surtout quand on tire à bout portant. Ensuite, je me suis occupé de ma publicité. J'ai choisi un jour où tous mes collègues étaient réunis au bureau. Un lundi matin. J'étais très aimable avec eux, par principe, bien que j'eusse horreur de leur serrer la main. Ils ôtaient leurs gants pour dire bonjour, ils avaient une façon obscène de déculotter leur main, de rabattre leur gant et de le faire glisser lentement le long des doigts en dévoilant la nudité grasse et chiffonnée de la paume. Moi, je gardais toujours mes gants.
Le lundi matin, on ne fait pas grand-chose. La dactylo du service commercial venait de nous apporter les quittances. Lemercier la plaisanta gentiment, et, quand elle fut sortie, ils détaillèrent ses charmes avec une compétence blasée. Puis ils parlèrent de Lindbergh. Ils aimaient bien Lindbergh. Je leur dis :
- Moi j'aime les héros noirs.
- Les nègres? demanda Massé.
- Non, noirs comme on dit Magie noire. Lindbergh est un héros blanc. Il ne m'intéresse pas.
- Allez voir si c'est facile de traverser l'Atlantique, dit aigrement Bouxin.
Je leur exposai ma conception du héros noir :
- Un anarchiste, résuma Lemercier.
- Non, dis-je doucement, les anarchistes aiment les hommes à leur façon.
- Alors, ce serait un détraqué.
Mais Massé, qui avait des lettres, intervint à ce moment :
- Je le connais votre type, me dit-il. Il s'appelle Érostrate. Il voulait devenir illustre et il n'a rien trouvé de mieux que de brûler le temple d'Éphèse, une des sept merveilles du monde.
- Et comment s'appelait l'architecte de ce temple?
- Je ne me rappelle plus, confessa-t-il, je crois même qu'on ne sait pas son nom.
- Vraiment? Et vous vous rappelez le nom d'Érostrate? Vous voyez qu'il n'avait pas fait un si mauvais calcul.
La conversation prit fin sur ces mots, mais j'étais bien tranquille; ils se la rappelleraient au bon moment. Pour moi, qui, jusqu'alors, n'avais jamais entendu parler d'Érostrate, son histoire m'encouragea. Il y avait plus de deux mille ans qu'il était mort, et son acte brillait encore, comme un diamant noir. Je commençais à croire que mon destin serait court et tragique. Cela me fit peur tout d'abord, et puis je m'y habituai. Si on prend ça d'une certaine façon c'est atroce, mais, d'un autre côté, ça donne à l'instant qui passe une force et une beauté considérables. Quand je descendais dans la rue, je sentais en mon corps une puissance étrange. J'avais sur moi mon revolver, cette chose qui éclate et qui fait du bruit. Mais ce n'était plus de lui que je tirais mon assurance, c'était de moi: j'étais un être de l'espèce des revolvers, des pétards et des bombes. Moi aussi, un jour, au terme de ma sombre vie, j'exploserais et j'illuminerais le monde d'une flamme violente et brève comme un éclair de magnésium. Il m'arriva, vers cette époque, de faire plusieurs nuits le même rêve. J'étais un anarchiste, je m'étais placé sur le passage du tsar et je portais sur moi une machine infernale. A l'heure dite, le cortège passait, la bombe éclatait, et nous sautions en l'air, moi, le tsar et trois officiers chamarrés d'or, sous les yeux de la foule.
Je restais maintenant des semaines entières sans paraître au bureau. Je me promenais sur les boulevards, au milieu de mes futures victimes, ou bien je m'enfermais dans ma chambre et je tirais des plans. On me congédia au début d'octobre. J'occupai alors mes loisirs en rédigeant la lettre suivante, que je copiai en cent deux exemplaires:
« Monsieur,
« Vous êtes célèbre et vos ouvrages tirent à trente mille. Je vais vous dire pourquoi : c'est que vous aimez les hommes. Vous avez l'humanisme dans le sang : c'est bien de la chance. Vous vous épanouissez quand vous êtes en compagnie; dès que vous voyez un de vos semblables, sans même le connaître, vous vous sentez de la sympathie pour lui. Vous avez du goût pour son corps, pour la façon dont il est articulé, pour ses jambes qui s'ouvrent et se ferment à volonté, pour ses mains surtout : ça vous plaît qu'il ait cinq doigts à chaque main et qu'il puisse opposer le pouce aux autres doigts. Vous vous délectez quand votre voisin prend une tasse sur la table, parce qu'il y a une manière de prendre qui est proprement humaine et que vous avez souvent décrite dans vos ouvrages, moins souple, moins rapide que celle du singe, mais, n'est-ce pas? tellement plus intelligente. Vous aimes aussi la chair de homme, son allure de grand blessé en rééducation, son m de réinventer la marche à chaque pas et son fameux regard que les fauves ne peuvent supporter. Il vous a donc été facile de trouver l'accent qui convient pour parler à l’homme de lui-même : un accent pudique mais éperdu. Les gens se jettent sur vos livres avec gourmandise, ils les lisent dans un bon fauteuil, ils pensent au grand amour malheureux et discret que vous leur portez et ça les console de bien des choses, d'être laids, d'être lâches, d'être cocus, de n'avoir pas reçu d'augmentation au premier janvier. Et l’on dit volontiers de votre dernier roman : c'est une bonne action.
«Vous serez curieux de savoir, je suppose, ce que peut être un homme qui n'aime pas les hommes. Eh bien, c'est moi, et je les aime si peu que je vais tout à l'heure en tuer une demi-douzaine : peut-être vous demanderez-vous : pourquoi seulement une demi-douzaine? Parce que mon revolver n'a que six cartouches. Voilà une monstruosité, n'est-ce pas? Et, de plus, un acte proprement impolitique? Mais je vous dis que je ne peux pas les aimer. Je comprends fort bien ce que vous ressentez. Mais ce qui vous attire en eux me dégoûte. J'ai vu comme vous des hommes mastiquer avec mesure en gardant l’œil pertinent, en feuilletant de la main gauche une revue économique
Est-ce ma faute si je préfère assister au repas des phoques ? L'homme ne peut rien faire de son visage sans que ça tourne au jeu de physionomie. Quand il mâche en gardant la bouche close, les coins de sa bouche montent et descendent, il a l'air de passer sans relâche de la sérénité à la surprise pleurarde. Vous aimez ça, je le sais, vous appelez ça la vigilance de l'Esprit. Mais moi ça m'écœure : je ne sais pas pourquoi; je suis né ainsi.
« S'il n'y avait entre nous qu'une différence de goût, je ne vous importunerais paso Mais tout se passe comme si vous aviez la grâce et que je ne l'aie point. Je suis libre d'aimer ou non le homard à l'américaine, mais si je n'aime pas les hommes, je suis un misérable et je ne puis trouver de place au soleil. Ils ont accaparé le sens de la vie. J'espère que vous comprenez ce que je veux dire. Voilà trente-trois ans que je me heurte à des portes closes au-dessus desquelles on a écrit :"Nul n'entre ici s'il n'est humaniste." Tout ce que j'ai entrepris j'ai dû l'abandonner; il fallait choisir : ou bien c'était une tentative absurde et condamnée ou bien il fallait qu'elle tournât tôt ou tard à leur profit. Les pensées que je ne leur destinais pas expressément, je n'arrivais pas à les détacher de moi, à les formuler : elles demeuraient en moi comme de légers mouvements organiques. Les outils mêmes dont je me servais, je sentais qu'ils étaient à eux; les mots par exemple : j'aurais voulu des mots à moi. Mais ceux dont je dispose ont traîné dans je ne sais combien de consciences; ils s'arrangent tout seuls dans ma tête en vertu d'habitudes qu'ils ont prises chez les autres et ça n'est pas sans répugnance que je les utilise en vous écrivant. Mais c'est pour la dernière fois. Je vous le dis : il faut aimer les hommes ou bien c'est tout juste s'ils vous permettent de bricoler. Eh bien, moi, je ne veux pas bricoler. Je vais prendre, tout à l'heure, mon revolver, je descendrai dans la rue et je verrai si l'on peut réussir quelque chose contre eux. Adieu, monsieur, peut-être est-ce vous que je vais rencontrer. Vous ne saurez jamais alors avec quel plaisir je vous ferai sauter la cervelle. Sinon - et c'est le cas le plus probable - lisez les journaux de demain. Vous y verrez qu'un individu nommé Paul Hilbert a descendu, dans une crise de fureur, cinq passants sur le boulevard Edgar-Quinet. Vous savez mieux que personne ce que vaut la prose des grands quotidiens. Vous comprendrez donc que je ne suis pas " furieux ". Je suis très calme au contraire et je vous prie d'accepter, Monsieur, l'assurance de mes sentiments distingués.
« Paul Hilbert»
Je glissai les cent deux: lettres dans cent deux enveloppes et j'écrivis sur les enveloppes les adresses de cent deux écrivains français. Puis je mis le tout dans un tiroir de ma table avec six carnets de timbres.
Pendant les quinze jours qui suivirent, je sortis fort peu, je me laissais occuper lentement par mon crime. Dans la glace, où j'allais parfois me regarder, je constatais avec plaisir les changements de mon visage. Les yeux s'étaient agrandis, ils mangeaient toute la face. Ils étaient noirs et tendres sous les lorgnons, et je les faisais rouler comme des planètes. De beaux yeux d'artiste et d'assassin. Mais je comptais changer bien plus profondément encore après l'accomplissement du massacre. J'ai vu les photos de ces deux belles filles, ces servantes qui tuèrent et saccagèrent leurs maîtresses. J'ai vu leurs photos d' avant et d' après. Avant, leurs visages se balançaient comme des fleurs sages au-dessus de cols de piqué. Elles respiraient l'hygiène et l'honnêteté appétissante. Un fer discret avait ondulé pareillement leurs cheveux. Et, plus rassurante encore que leurs cheveux frisés, que leurs cols et que leur air d'être en visite chez le photographe, il y avait leur ressemblance de sœurs, leur ressemblance si bien pensante, qui mettait tout de suite en avant les liens du sang et les racines naturelles du groupe familial. Après, leurs faces resplendissaient comme des incendies. Elles avaient le cou nu des futures décapitées. Des rides partout, d'horribles rides de peur et de haine, des plis, des trous dans la chair comme si une bête avec des griffes avait tourné en rond sur leurs visages. Et ces yeux, toujours ces grands yeux noirs et sans fond - comme les miens. Pourtant elles ne se ressemblaient plus. Chacune portait à sa manière le souvenir de leur crime commun. « S'il suffit, me disais-je, d'un forfait où le hasard a la plus grande part pour transformer ainsi ces têtes d'orphelinat, que ne puis-je espérer d'un crime entièrement conçu et organisé par moi? » Il s'emparerait de moi, bouleverserait ma laideur trop humaine... un crime, ça coupe en deux la vie de celui qui le commet. Il devait y avoir des moments où l'on souhaiterait revenir en arrière, mais il est là, derrière vous, il vous barre le passage, ce minéral étincelant. Je ne demandais qu'une heure pour jouir du mien, pour sentir son poids écrasant. Cette heure, j'arrangerai tout pour l'avoir à moi : je décidai de faire l'exécution dans le haut de la rue d'Odessa. Je profiterais de l'affolement pour m'enfuir en les laissant ramasser leurs morts. Je courrais, je traverserais le boulevard Edgar-Quinet et tournerais rapidement dans la rue Delambre. Je n'aurais besoin que de trente secondes pour atteindre la porte de l'immeuble où j'habite. A ce moment-là, mes poursuivants seraient encore sur le boulevard Edgard-Quinet, ils perdraient ma trace et il leur faudrait sûrement plus d'une heure pour la retrouver. Je les attendrais chez moi et, quand je les entendrais frapper à ma porte, je rechargerais mon revolver et je me tirerais dans la bouche.
Je vivais plus largement; je m'étais entendu avec un traiteur de la rue Vavin qui me faisait porter, matin et soir, de bons petits plats. Le commis sonnait, je n'ouvrais pas, j'attendais quelques minutes puis j'entrebâillais ma porte et je voyais, dans un long panier posé sur le sol, des assiettes pleines qui fumaient.
Le 27 octobre, à six heures du soir, il me restait dix-sept francs cinquante. Je pris mon revolver et le paquet de lettres, je descendis. J'eus soin de ne pas fermer la porte, pour pouvoir rentrer plus vite quand j'aurais fait mon coup. Je ne me sentais pas bien, j'avais les mains froides et le sang à la tête, les yeux me chatouillaient. Je regardai les magasins, l'hôtel des Écoles, la papeterie où j'achète mes crayons et je ne les reconnus pas. Je me disais : « Qu'est-ce que c'est que cette rue? » Le boulevard du Montparnasse était plein de gens. Ils me bousculaient, me repoussaient, me frappaient de leurs coudes ou de leurs épaules. Je me laissais ballotter, la force me manquait pour me glisser entre eux. Je me vis soudain au cœur de cette foule, horriblement seul et petit. Comme ils auraient pu me faire mal, s'ils l'avaient voulu! J'avais peur à cause de l'arme, dans ma poche. Il me semblait qu'ils allaient deviner qu'elle était là. Ils me regarderaient de leurs yeux durs, ils diraient : « Hé mais... mais... » avec une indignation joyeuse, en me harponnant de leurs pattes d'hommes. Lynché! Ils me jetteraient au-dessus de leurs têtes, et je retomberais dans leurs bras comme une marionnette. Je jugeai plus sage de remettre au lendemain l'exécution de mon projet. J'allai dîner a
Je suis resté trois jours dans ma chambre, sans manger, sans dormir. J'avais fermé les persiennes et je n'osais ni m'approcher de la fenêtre ni faire de la lumière. Le lundi, quelqu'un carillonna à ma porte. Je retins mon souffle et j'attendis. Au bout d'une minute, on sonna encore. J'allai sur la pointe des pieds coller mon œil au trou de la serrure. Je ne vis qu'un morceau d'étoffe noire et un bouton. Le type sonna encore puis redescendit : je ne sais pas qui c'était. Dans la nuit, j'eus des visions fraîches, des palmiers, de l'eau qui coulait, un ciel violet au-dessus d'une coupole. Je n'avais pas soif parce que, d'heure en heure, j'allais boire au robinet de l'évier. Mais j'avais faim. J'ai revu aussi la putain brune. C'était dans un château que j'avais fait construire sur les Causses Noires à vingt lieues de tout village. Elle était nue et seule avec moi. Je l'ai forcée à se mettre à genoux sous la menace de mon revolver, à courir à quatre pattes; puis je l'ai attachée a un pilier et, après lui avoir longuement expliqué ce que j'allais faire, je l'ai criblée de balles. Ces images m'avaient tellement troublé que j'ai dû me contenter. Après, je suis resté immobile dans le noir, la tête absolument vide. Les meubles se sont mis à craquer. Il était cinq heures du matin. J'aurais donné n'importe quoi pour quitter ma chambre, mais je ne pouvais pas descendre à cause des gens qui marchaient dans les rues.
Le jour est venu. Je ne sentais plus ma faim, mais je me suis mis à suer : j'ai trempé ma chemise. Dehors, il y avait du soleil. Alors j'ai pensé: « Dans une chambre close, dans le noir Il est tapi. Depuis trois jours, Il n'a ni mangé ni dormi. On a sonné, et Il n'a pas ouvert. Tout à l'heure, Il va descendre dans la rue et Il tuera. » Je me faisais peur. A six heures du soir, la faim m'a repris. J'étais fou de colère. Je me suis cogné un moment dans les meubles, puis j'ai allumé l'électricité dans les chambres, à la cuisine, aux cabinets. Je me suis mis à chanter à tue-tête, j'ai lavé mes mains et je suis sorti. Il m'a fallu deux bonnes minutes pour mettre toutes mes lettres à la boîte. Je les enfonçais par paquets de dix. J'ai dû friper quelques enveloppes. Puis, j'ai suivi le boulevard du Montparnasse jusqu’à la rue d'Odessa. Je me suis arrêté devant la glace d'une chemiserie et, quand j'y ai vu mon visage, j'ai pensé : « C'est pour ce soir. »
Je me postai dans le haut de la rue d'Odessa, non loin du bec de gaz, et j'attendis. Deux femmes passèrent. Elles se donnaient le bras, la blonde disant :
- Ils avaient mis des tapis à toutes les fenêtres et c'étaient les nobles du pays qui faisaient la figuration.
- Ils sont panés? demanda l'autre.
- Il n'y a pas besoin d'être pané pour accepter un travail qui rapporte cinq louis par jour.
- Cinq louis! dit la brune, éblouie. - Elle ajouta, en passant près de moi : Et puis je me figure que ça devait les amuser de mettre les costumes de leur ancêtres.
Elles s'éloignèrent. J'avais froid, mais je suais abondamment. Au bout d'un moment, je vis arriver trois hommes ; je les laissai passer : il m'en fallait six.
Celui de gauche me regarda et fit claquer sa langue. Je détournai les yeux.
A sept heures cinq, deux groupes qui se suivaient de près débouchèrent du boulevard Edgar-Quinet. Il y avait un homme et une femme avec deux enfants. Derrière eux venaient trois vieilles femmes. Je fis un pas en avant. La femme avait l'air en colère et secouait le petit garçon par le bras. L'homme dit d'une voix traînante :
- Il est emmerdant, aussi, ce morpion.
Le cœur me battait si fort que j'en avais mal dans les bras. Je m'avançai et me tins devant eux, immobile. Mes doigts, dans ma poche, étaient tout mous autour de la gâchette.
- Pardon, dit l'homme en me bousculant.
Je me rappelai que j'avais fermé la porte de mon appartement et cela me contraria : il me faudrait perdre un temps précieux a l'ouvrir. Les gens s'éloignèrent. Je fis volte-face et je les suivis machinalement. Mais je n'avais plus envie de tirer sur eux. Ils se perdirent dans la foule du boulevard. Moi, je m'appuyai contre le mur. J'entendis sonner huit heures et neuf heures. Je me répétais : « Pourquoi faut-il tuer tous ces gens qui sont déjà morts », et j'avais envie de rire. Un chien vint flairer mes pieds.
Quand le gros homme me dépassa, je sursautai et je lui emboîtai le pas. Je voyais le pli de sa nuque rouge entre son melon et le col de son pardessus. Il se dandinait un peu et respirait fort, il avait l'air costaud. Je sortis mon revolver: il était brillant et froid, il me dégoûtait, je ne me rappelai pas très bien ce que je devais en faire. Tantôt je le regardais et tantôt je regardais la nuque du type. Le pli de la nuque me souriait, comme une bouche souriante et amère. Je me demandais si je n'allais pas jeter mon revolver dans un égout.
Tout d'un coup le type se retourna et me regarda d'un air irrité. Je fis un pas en arrière.
- C'est pour vous... demander...
Il n'avait pas l'air d'écouter, il regardait mes mains.
J'achevai péniblement.
- Pouvez-vous me dire où est la rue de
Son visage était gros, et ses lèvres tremblaient. Il ne dit rien, il allongea la main. Je reculai encore et je lui dis :
- Je voudrais...
A ce moment je sus que j'allais me mettre à hurler. Je ne voulais pas : je lui lâchai trois balles dans le ventre. Il tomba d'un air idiot, sur les genoux, et sa tête roula sur son épaule gauche.
- Salaud, lui dis-je, sacré salaud!
Je m'enfuis. Je l'entendis tousser. J'entendis aussi des cris et une galopade derrière moi. Quelqu'un demanda : « Qu'est-ce que c'est, ils se battent? » puis tout de suite après on cria : « A l'assassin ! A l'assassin ! » Je ne pensais pas que ces cris me concernaient. Mais ils me semblaient sinistres, comme la sirène des pompiers quand j'étais enfant. Sinistres et légèrement ridicules. Je courais de toute la force de mes jambes.
Seulement j'avais commis une erreur impardonnable : au lieu de remonter la rue d'Odessa vers le boulevard Edgar-Quinet, je la descendais vers le boulevard du Montparnasse. Quand je m'en aperçus, il était trop tard : j'étais déjà au beau milieu de la foule, des visages étonnés se tournaient vers moi (je me rappelle celui d'une femme très fardée qui portait un chapeau vert avec une aigrette), et j'entendais les imbéciles de la rue d’Odessa crier à l’assassin derrière mon dos. Une main se posa sur mon épaule. Alors je perdis la tête : je ne voulais pas mourir étouffé par cette foule. Je tirai encore deux coups de revolver. Les gens se mirent à piailler et s’écartèrent. J'entrai en courant dans un café. Les consommateurs se levèrent sur mon passage mais ils n'essayèrent pas de m'arrêter, je traversai le café dans toute sa longueur et je m'enfermai dans les lavabos. Il restait encore une balle dans mon revolver.
Un moment s'écoula. J'étais essoufflé et je haletais. Tout était d'un silence extraordinaire, comme si les gens faisaient exprès de se taire. J'élevai mon arme jusqu'à mes yeux et je vis son petit trou noir et rond : la balle sortirait par là; la poudre me brûlerait le visage. Je laissai retomber mon bras et j'attendis. Au bout d'un instant, ils s'amenèrent à pas de loup ; ils devaient être toute une troupe, à en juger par le frôlement des pieds sur le plancher. Ils chuchotèrent un peu puis se turent. Moi, je soufflais toujours et je pensai qu'ils m'entendaient souffler, de l'autre côté de la cloison. Quelqu'un s'avança doucement et secoua la poignée de la porte. Il devait s'être plaqué de côté contre le mur, pour éviter mes balles. J'eus tout de même envie de tirer - mais la dernière balle était pour moi
« Qu'est-ce qu’ils attendent? me demandai-je. S'ils se jetaient sur la porte et s'ils la défonçaient tout de suite, je n'aurais pas le temps de me tuer, et ils me prendraient vivant. » Mais ils ne se pressaient pas, ils me laissaient tout le loisir de mourir. Les salauds, ils avaient peur.
Au bout d'un instant, une voix s'éleva.
-Allons, ouvrez, on ne vous fera pas de mal.
Il y eut un si1ence, et la même voix reprit :
- Vous savez bien que vous ne pouvez pas vous échapper.
Je ne répondis pas, je haletais toujours. Pour m'encourager à tirer, je me disais : « S'ils me prennent, ils vont me battre, me casser des dents, ils me crèveront peut-être un œil. » J'aurais voulu savoir si le gros type était mort. Peut-être que je l'avais seulement blessé... et les deux autres balles, peut-être qu'elles n'avaient atteint personne... Ils préparaient quelque chose, ils étaient en train de tirer un objet lourd sur le plancher? Je me hâtai de mettre le canon de mon arme dans ma bouche et je le mordis très fort. Maia je ne pouvais pas tirer, pas même poser le doigt sur la gâchette. Tout était retombé dans le silence.
Alors j'ai jeté le revolver et je leur ai ouvert la porte.
miércoles, 19 de mayo de 2010
El pedazo de madera sin pulir o el manco de Lepanto o el hombre del brazo dorado
Qua for the Qur'an, the book of God; and Ka is for kalima, a word we're taught to teach us what is good and what is not



Dedicado a: El que esto escribe dedica estas líneas de parte de Franz Kafka a Led Zeppelin: Josefina la cantora o El pueblo de los ratones por Franz Kafka (Caso que yo José tuviera otro género)
La idea original de este escrito era contrastar, confrontar las dos versiones, la de Hauser y la de Lukács sobre el tema. Sin embargo, ya el mismo Hauser conocía el texto de Lukács sobre todo, como se verá, en lo referente a la alegoría y sus definiciones. Tampoco pensaba yo incluir a Proust por ejemplo (El capítulo 5 de la III parte se titula 'Proust y Kafka') pero la importancia referida a él (no en el caso de Joyce) por Hauser, me obligó a hacerlo. La idea general es como si Proust fuera más “fresa” y Kafka, más “gruexxo” ¿manierista?en tanto que Joyce ocuparía un lugar entrambos, compartiendo el río o fluir de la conciencia, el monólogo proustiano con los laberintos kafkianos estableciendo así una tríada por derecho propio. Odisea de un día... será que como Holst aprendió a calcular años luz. El otro, predecible Circe ¿Dido? Magdalena con Sandycove ó sólo que Molly Bloom sea la Mollie de Orwell – "Mollie is a self-centred, self-indulgent and vain young white mare who quickly leaves for another farm after the revolution..." y viceversa, Madeline 'the mare': "Won't you come to Sandymount, Madeline the mare?" (más allá del Cuarteto de Alejandría de Durrell). Es de sorprender que Hauser casi no mencione a Breton ni al surrealismo. Sin haber leído el texto de Lukács mi idea fundamental, era contrastar la teoría hauseriana sobre los estilos (su movimiento propio más allá de las condiciones históricas; y no sólo los estilos sino las críticas y críticos mismos o las Rimas en Paz infra) Ejemplo: un historiador del manierismo estaría en concordancia o sería contemporáneo de otro movimiento manierista vgr. el surrealismo. En el caso de Lukács no, para él lo importante no sería o incluso no las habría estas rimas sino la realidad histórica. Pasemos a las citas que transcribiré textualmente y que después de esto espero se expliquen a sí mismas. Hauser: p.179 “Es posible hablar de una tipología” “sólo puede tener lugar dentro del mismo mundo histórico -social” p.180 - “se confundan el manierismo y el barroco” p. 217- “En Kafka y Joyce, en cambio, una vivencia irracional, una visión, una imagen metafísica-mitológica” p. 221- “El estilo de Franz Kafka, en cambio, que une una prosa naturalista - objetiva y a menudo, intencionalmente seca y sobria - con la transparencia más delicada de las ideas.” Cfr: también la opinión de Margo Glanz comunicada por un amigo, la analogía con el Antiguo Testamento; el libro de Job o los sesudos proverbios, salmos de David. p.222 “Las obras de Kafka y de Joyce no son novelas psicológicas en el sentido de los grandes modelos del género del siglo pasado. En Kafka la psicología está sustituida por una especie de mitología, y en Joyce la descripción psicológica de las figuras es absolutamente correcta en los detalles - “La despsicologización del género comienza ya con Proust”. p. 223 - “el interés de Proust se concentra...en la descripción de los mecanismos anímicos en sí” “Lo mismo que el Ulises de Joyce (la obra) de...Proust es una novela sin verdadero protagonista”. Resaltar de nuevo el “término medio joyceano. p.232 “Tertium Datur OJO Los 2 escritores más importantes (del presente) Marcel Proust y Franz Kafka, esenciales rasgos tienen en común con el manierismo...en el caso de los surrealistas tampoco puede hablarse en ellos de un “manierismo” más que de manera analógica en todo caso... Kafka muestra una afinidad más profunda con el manierismo que Proust. p.233- “Proust hace gran uso, especialmente en sus obras de juventud, de los medios preciosistas del lenguaje, de la expresión rebuscada, artificiosa y aguda, de las combinaciones desacostumbradas e inesperadas de pensamientos y palabras, de las analogías y metáforas complicadas y forzadas” “...porque ambos parecen cambiar según el observador y su correspondiente punto de vista...Hay tantas realidades como perspectivas” (relatividad -Durrell decía que si Proust partía de Bergson, él mismo lo hace de Einstein) Un chiste un poco subido de tono que contaba C. Fuentes era: “El que lea a Proust, que se prostituya”. Alto contraste: Neruda : “¿Qué tiene más hojas, un peral o En busca del tiempo perdido?” p. 238 “ el carácter manierista del arte de Proust en el problema del tiempo. “La muerte,... la obra destructora del tiempo” “el verdadero problema de la existencia humana”, “el tiempo aparece como un elemento de disolución.” p.239 “De la revivisencia del pasado Proust extrae no sólo nueva esperanza para la vida, sino también la justificación en el sentido propio del arte...”. “Como consecuencia de esta limitación, la obra de Proust queda vinculada al esteticismo del s. XIX...”. “Su esfuerzo por huir por el recuerdo del mundo de la alienación es un escape por una puerta falsa, no una salida abierta. EL hecho de la alienación (p. 240) queda en pie, y sólo hay algunos elegidos, cree Proust, que pueden escapar de él.” p. 242 - “Falta de amor y crueldad consigo mismo y con el objeto de amor son los rasgos característicos del erotismo de Proust” p. 243 - “sólo sabe que ama, cuando está celoso y sólo ama en tanto que siente celos.” “La alienación...es el lazo más fuerte entre Kafka y Proust” (y con el manierismo) p. 244 “El mundo de Proust está cubierto por nubes oscuras pero no está penetrado sin embargo por una desesperación incurable como el de Kafka” p. 245 - OJO misma cita en Lukács: “Esperanza la hay, esperanza infinita, pero no para nosotros” Kafka dixit. Según Hauser, ni en Proust ni en Kafka hay Dios ¿la ausencia de este? Cfr. nuevamente M. Glantz sobre analogía con Job. Hay por cierto un cuento de Gombrowicz 'Un crimen premeditado' ver este mismo BLOG SUPRA en el que H. (juez de instrucción) se encarga de que asesinen ex post facto al ya fallecido K. Cita de Adorno p.xxxiv: "El artista esperó hasta que K. se hubiera tranquilizado, y luego, como no halló otra salida, se decidió a seguir escribiendo. La primera rayita que hizo fue para K. una liberación, aunque evidentemente el artista no la trazó sino luchando con la más tenaz resistencia; por eso la escritura no era ya tan hermosa, parecía sobre todo que faltara oro; el trazo se arrastró pálido e inseguro, y la letra resultó grande. Era una J, y casi estaba terminada cuando el artista golpeó colérico el túmulo con el pie, tan violentamente que voló por el aire la tierra que lo rodeaba. Finalmente le entendía K,: era demasiado para impetrarle; con todos los dedos a la vez excavó la tierra, que casi no ofrecía ninguna resistencia; todo parecía preparado; por la mera apariencia habían dispuesto una delgada costra de tierra; inmediatamente detrás de ella se abrió un agujero de pendientes paredes en el que se hundió K., suavemente movido en círculo por la corriente que le sostenía boca arriba. Pero mientras la impenetrable profundidad le absorbía, aún tiesa la cabeza sobre el cuello, arriba su nombre corrió velozmente por la piedra, enriquecida con potentes adornos." Según Lukács citado por Hauser en Kafka hay: “anhelo religioso por el consuelo y la redención” Dios está aunque sea por su ausencia. “Kafka es siempre un místico, aún sin Dios y sin religión, y se salva por la fe mística en un Absoluto, irracional y absurdo, declarando la bancarrota de la razón.” p. 246 - “Es difícil decir si la imagen absurda que Kafka traza de la idea que los hombres se forman de una potencia superior o divina sólo quiere poner de manifiesto que a esta idea no responde nada ni puede responder nada en la realidad trascendente, o bien quiere expresar que él mismo concede la posibilidad de una potencia semejante o existencia divina, pero que tiene su esencia por tan irracional y tan irrepresentable en conceptos humanos que, en su opinión, sólo definiciones negativas y, al parecer, carentes de sentido pueden decir algo de ella que no sea ya falso de antemano. Si hay un Dios con cualidades tan superhumanas y trascendentes a todo concepto humano, como pretende la verdadera fe, hay que concluir que la imagen del cielo con sus coros de ángeles no es menos absurda que la del tribunal celeste celebrando sus sesiones en buhardilla. (pandemonium - Milton?) “Podría resumirse también la concepción del mundo de Kafka, diciendo que en una época como la nuestra, de extrema cosificación e institucionalización de las relaciones humanas, la potencia divina y sus caminos apenas si pueden imaginarse de otra manera que como una autoridad burocrática.” “...tan humano, demasiado humano, como lo hacen los funcionarios superiores y subalternos en El castillo y en El proceso p. 247- “La imagen de la burocracia no es empero, en Kafka la expresión indirecta de su idea de Dios, sino, más bien, la representación directa de un mundo abandonado de Dios; es un imagen que expresa su repugnancia por el presente y su alienación de él. La institución de la burocracia ha alcanzado su forma más cruel y repelente; no sólo funciona de modo impersonal, inhumano, sino que se ha convertido en un monstruo, en Moloc (ver supra pandemonium - Milton). “Es evidente que Kafka apeló...al carácter remoto e inaccesible del Dios del Antiguo Testamento.” cfr. Margot Glanz supra. p.
A continuación citas tomadas de Historia Social de la Literatura y del Arte tomo III Cap. X
p.273 “Es realmente ‘inadmisible’ –piensa- que un hombre haya de dejar huella detrás de sí” Nota 11 A. Breton: ‘Le pas perdus, 1924 1922 “La actitud intelectualista es común a los dos, pero el arte de Eliot arranca de la ‘experiencia de la cultura’, y el de Joyce, de la ‘experiencia de la pura y primaria existencia’ (según cierto autor de la época).”p. 274 “En T. S. Eliot y Paul Valéry el fundamento primario es siempre una idea, un pensamiento, un problema; en Joyce y Kafka, una experiencia irracional, una visión, una imagen metafísica o mitológica”.p. 275 “El surrealismo, que, como observa André Breton, giraba al principio enteramente en torno al tema del lenguaje, esto es, de la expresión poética, (…) se convirtió en un arte que hacía de la paradoja de toda forma y el absurdo de toda humana existencia la fase de su visión.” p. 276 “Cuánto más fecundo que la receta surrealista era el procedimiento de Proust, que también se ponía en una situación sonámbula y se abandonaba a la corriente de memoria y asociaciones con la pasividad de un médium de hipnotismo, pero se mantenía, al mismo tiempo, como un pensador disciplinado y un creador artístico consciente en sumo grado.” p. 277 “En ninguna parte se expresa este dualismo de modo más agudo que en las obras de Kafka y Joyce, pues aunque ellos mismos no tienen nada que ver con el surrealismo como doctrina, son surrealistas en el sentido más amplio, como la mayoría de los artistas progresistas del siglo.” “El naturalismo meticuloso en los pormenores y la arbitraria combinación de sus relaciones, que el surrealismo copia del sueño, no sólo expresa el sentimiento de que vivimos en dos niveles diferentes, en dos esferas diversas, sino también de que estas dos regiones del ser se funden mutuamente tan por completo que la una no puede ni subordinarse (22) ni oponerse a la otra como su antítesis (23).” (22)- André Breton: Le surréalisme et la peinture, 1928 (23)- André Breton : Second manifeste du surréalisme, 1930 p. 278 « Sólo el Manierismo había visto el contraste entre lo concreto y lo abstracto, lo sensual y lo espiritual, el sueño y la vigilia, con la misma luz deslumbradora.” “El interés que el arte moderno pone, no tanto en la coincidencia de los contrarios, sino en el carácter fantástico de esta coincidencia, también recuerda el Manierismo.” “…corresponde, en un nivel muy modesto, a la afición a la paradoja en el drama isabelino y la lírica de los ‘poetas metafísicos’ del s. XVII.” ‘Disney contra los Metafísicos’? (E. Pound) cita mía “Pero la diferencia de nivel entre el estilo de Kafka y Joyce, en los cuales una prosa sobria y a menudo trivial se combina con la más frágil transparencia de las ideas, y el de los poetas manieristas del siglo XVI y XVII ya no es tan grande.” p. 279 “La crisis de la novela (Realista) psicológica es quizá el fenómeno más llamativo en la nueva literatura. aunque los análisis psicológicos son perfectamente cuidadosos, lo mismo que los pormenores en la pintura surrealista son absolutamente fieles al natural, no solamente no hay héroes en el sentido de un ¿centro? psicológico, sino que no hay esfera psicológica en la totalidad del ser. (25) - "(Proust) Quien por ser el mayor maestro en el análisis de sentimientos y pensamientos, marca la cumbre de la novela psicológica, pero también representa el incipiente desplazamiento del alma como realidad especial.” “En la novela del s. XIX el alma y el carácter (…) Esta psicología deja de predominar en Proust. Él no se ocupa tanto de la caracterización de la personalidad individual, aunque es un ardoroso retratista y caricaturista, como del análisis del mecanismo espiritual en cuanto fenómeno ontológico su obra es una Summa no sólo en el sentido usual de contener un cuadro total de la sociedad moderna, sino también porque describe todo el aparato espiritual del hombre moderno con todas sus inclinaciones, instintos, talentos, automatismos, racionalismos e irracionalismos (¿Lukács?) Y el Ulises, de Joyce, es la continuación directa de la novela proustiana. (falta una cita) “En lugar de una fluencia de acontecimientos, Joyce describe una fluencia de ideas y asociaciones, en lugar de un héroe individual, una corriente de conciencia y un monólogo interior infinito e ininterrumpido. El acento se pone siempre en la falta de interrupción del movimiento, en la ‘continuidad heterogénea’, en la pintura caleidoscópica de un mundo desintegrado.”
* BENJAMIN (?)
** Gurzinski
Comienzan citas del libro Significación actual del realismo crítico de
Pero antes de comenzar, cita de Kundera respecto al propio Lukács p. ix "Franz Kafka o Thomas Mann es el título de un ensayo extremadamente significativo de György Lukács. En este texto, de 1954, Mann representa el realismo burgués progresista mientras que Kafka representa todo el mal de la burguesía decadente: su incapacidad de ver la realidad, su conciencia enfermiza que no ve alrededor de ella más que la imagen de su propia angustia."
GYÖRGY LUKÁCS:
Ay!, Octavio Pero si es lo mismo que dice Lukács pp. 39-40: "Desde este punto de vista se puede decir que Soljenitsin recoge la herencia de las tendencias mejores de comienzos del realismo socialista y, al msimo tiempo, el legado de imponente de toda la literatura grande, ante todo Tolstoi y Dostoievski."
Otra liga del Museo Georges Pompidou sobre los 'realismos' octubre 2013-enero 2015 Museo Georges Pompidou 'Los realismos' Expo octubre 2013-enero 2015

Al incluir este vídeo del antropólogo 'junguiano' y también tocayo mío Joseph Campbell puede parecer que me salgo de contexto pero a eso me refería cuando hablo de la imposibilidad no sólo de Hauser por abarcar, conciliar las teorias marxista, estructuralista y la nueva mediática, y cómo puede uno, cómodamente aquí, ver a Campbell hablar del/los realismo(s) identificados como 'pornografía-didáctica' citando como ensayo uno los autores tratados (no el principal) James Joyce y su 'Retrato del artista adolescente'. Por honestidad intelectual habré de revisar mi posición con respecto a un 'tertium datur'.